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Gdeim Izik : songe vain du peuple sahraoui ?

Publié le par SALDAR-KHAN Thibault

Gdeim Izik : songe vain du peuple sahraoui ?

Dimanche 17 février 2013 : le verdict du procès de Gdeim Izik tombe...

Le procès implique 25 militants sahraouis revendiquant l'autodétermination du peuple, poursuivis pour "constitution de bandes criminelles, violences sur des forces de l'ordre ayant entraîné la mort avec préméditation et mutilation de cadavres", lors du démantèlement par les forces armées marocaines du camp de protestation de Gdeim Izik, à 15 km d’El Aïoun au Sahara Occidental, le 8 novembre 2010.

Un jugement sans appel, livré par le Tribunal militaire permanent de FAR (Forces armées royales marocaines) à RABAT :

  • 9 condamnés à perpétuité
  • 4 condamnés à 30 ans de prison
  • 3 condamnés à 20 ans de prison
  • 7 condamnés à 5 ans de prison
  • 2 sont libéré...

Un procès formel à dimension politique...

Tel que l'a rapporté Pierre LEBAS, observateur français présent au procès, ce dernier a eu lieu pour "faire bien dans le tableau". En effet, l'audience et suivie de près par une quarantaine d'observateurs internationaux avec même la présence du président du Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH) veillant au bon déroulement du procès en respect avec la procédure. Sur le plan formel, le procès s'est plutôt bien déroulé.

Mais quand est-il du fond ?

Tous les observateurs et juristes internationaux considère que le jugement de civils par un tribunal militaire est absolument illégal. Bien que les 10 victimes soient des forces armées marocaines, tout civil doit comparaitre devant un tribunal civil.

"La FIDH (The International Federation for Human Rights) estime que le procès n’a pas respecté les normes internationales du droit à un procès équitable, et entre autres, le droit d’être jugé par un tribunal compétent, indépendant et impartial et le droit au double degré de juridiction. Au regard de ces manquements, la FIDH appelle à l’ouverture d’une nouvelle procédure qui garantirait tous les droits des accusés en conformité avec les normes internationales. "

Viens s'ajouter à cela de nombreuses incohérences et pratiques douteuses, soulevant la question du fond de ce procès :

- le tribunal n'a pu fournir aucune preuve tangible de la participation des accusés dans le crime. En effet, la présentation d’armes qui ne portent aucune empreinte digitale d’aucun des accusés, la projection d’une vidéo où il est impossible d’identifier aucun d’entre eux, l’absence de toute autopsie des cadavres et l’absence d’identification de toute empreinte ADN, sont tant d'éléments sur lesquels la défense s'est appuyée.

- les aveux des accusés on été relevés pendant leur incarcération préventive au cours des trois mois précédant leur procès. Ces derniers auraient été obtenus sous la torture, tel que les accusés le déclarent à la barre. Mais le problème est de suite écarté par le tribunal, se refusant de mener l'enquête réclamée.

- le premier témoin de l'accusation est resté très vague, disant ne pas avoir bien vu. Un témoignage sans aucune consistance pour l'accusation. Le président du tribunal a même refusé d'appeler les autres témoins à la barre (bizarre non?)...

Mais un élément a particulièrement interpelé les observateurs internationaux. Le procureur a avancé durant la dernière audience une nouvelle "preuve" : des photographies de plusieurs des accusés aux côtés du président du Front Polisario (mouvement pour l’indépendance du Sahara Occidental), ce qui selon lui démontrait leur culpabilité. Ceci mettrait-il en lumière le fait que ce procès n'est qu'une façon de condamner le "Front Polisario" et plus largement l'Algérie, et non les actes restés sans preuves de ces jeunes sahraouis ?

Sahara occidental : territoire orphelin, théâtre des rivalités

Le territoire du Sahara occidental est non reconnu par l'ONU à ce jour. En effet, cette ancienne colonie espagnol n'a toujours pas de statut défini sur le plan juridique depuis 1976.

Le Sahara occidental est un enjeu majeur de la rivalité entre le Maroc et l'Algérie. D'un côté le Maroc accuse celle-ci de chercher une ouverture sur l'océan Atlantique, tandis que l'Algérie affiche la volonté d'endiguer ce qu'elle a appelé « l'expansionnisme chérifien ». De plus le contexte de guerre froide est venu renforcer cette rivalité plaçant le question du territoire au coeur des préoccupations internationales. Le Maroc étant en effet soutenu par l'Europe occidentale et les Etats-Unis, les monarchies du golfe Persique ainsi que par Israël, tandis que l'Algérie était appuyée par le Bloc de l'Est.

Aujourd'hui, le Sahara occidental est toujours en proie aux conflits opposant les indépendantistes sahraouis du Front Polisario (appartenant à la RASD, République Arabe Sahraouie Démocratique) et le Maroc qui revendique sa souveraineté sur le territoire. Dans les années 1980, le Maroc érige un mur de défense qui sépare le territoire en deux, les 20 % à l'est du mur étant désormais sous le contrôle du Front Polisario et les 80% restant sont sous le contrôle militaire et administratif du Maroc . Après de nombreux conflits entre le Maroc et les indépendantistes, l'ONU intervient en médiateur en 1991 et permet la proclamation d'un cessez le feu. Les Nations Unies ont depuis proposé d'organisation un référendum afin que le peuple sahraouis puisse disposer de son droit à l'autodétermination, mais en vain... la question du territoire du Sahara occidental bloque toujours la construction de l'Union du Magreb Arabe.

La France joue un rôle de taille dans le blocage du dossier saharien. En effet, nous avons plusieurs fois usé de notre droit de véto au Conseil de Sécurité, notamment quand il fût question de confier à la MINURSO (la mission des Nations Unies pour le Sahara Occidental) la surveillance des droits de l’homme dans le territoire. La raison? Les intérêts historiques et économiques qui nous lient au gouvernement Marocain.

Depuis, de nombreux camps de protestation se sont montés sous l'impulsion du peuple tout entier, afin de manifester leur volonté d'exercer leur droit à l'autodétermination. Ces manifestations ont toujours eu lieu de façon pacifique. Le campement de Gdeim Izik était quand à lui certainement le plus important et celui qui a été l'étincelle au révolutions du monde arabe. Vers la fin octobre 2010, après 3 semaines, on comptait près de 8000 tentes et entre 15000 et 20000 hommes, femmes et enfants... Mais le rêve de liberté du peuple sahraoui a vite pris fin, le 8 novembre 2010. C'est en effet avec des lances à eau très chaude, gaz lacrymogènes, bombes incendiaires, hélicoptères hurlant de quitter les lieux que les forces spéciales marocaines ont commencé le démantèlement du camp. A midi c’était fini.

Cette violente répression exercée par le Maroc est complètement étouffée sur la scène médiatique internationale en raison de la complaisance qu'ont de nombreux pays occidentaux envers cette nation.

Depuis la proclamation de la condamnation des 25 sahraouis du procès de Gdeim Izik, la question du territoire et de l'indépendance des peuples revient sur la scène internationale. En Espagne, les associations de soutien au peuple Saharaoui a organisé un grand rassemblement à Madrid, jeudi 21 février pour protester contre ce jugement. De plus, "Fils des Nuages", documentaire sur les Sahraouis a reçu le Goya du meilleur documentaire. Le producteur s'est exprimé avec force contre ce procès de Gdeim Izik. L'ambassade des Etats-Unis à Rabat a récemment envoyé une délégation à El Aïoun pour y recueillir plus d'informations sur ces 25 condamnations, et rencontrer les différentes associations de défense des droits de l'homme.

Cette région mérite d'en finir avec ces conflits vieux depuis plus de 40 ans. Il est temps que la France et l'Union Européenne assument leur rôle sous l'égide des Nations Unies, afin de débloquer la situation, rendre au peuple sa liberté et son autonomie territoriale et par dessus tout, que la paix règne durablement dans cette région...

Vue générale du camp de Gdeim Izik

Carte du territoire du Sahara Occidental

Carte du territoire du Sahara Occidental

Vous pouvez lire les commentaires sur la page youtube, vous vous rendrez vite compte de la violence entre Pro et Anti...

Focus historique clair et concis de l'historien Bernard Lugan

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