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Africain ? NON, Marocain !

Publié le par SALDAR-KHAN Thibault

Africain ? NON, Marocain !

Depuis mon arrivée au Royaume, ce paradigme n’a cessé d’être confirmé. Que ce soit au café après un match de la coupe d’Afrique, dans la rue, dans le taxi... le constat reste inchangé. Les Marocains ne se sentent résolument pas appartenir au continent qui géographiquement parlant est le leur : l'Afrique. Ils éprouvent même pour certains un réel mépris des "âzzi", comme ils les appellent. D’une simple réflexion passée sous le ton de "l’humour", au refus d’un chauffeur de taxi de prendre deux "sénégalais" sous prétexte qu’ils pollueraient de façon irréversible l’habitacle, en passant par des établissements de nuit "réservés aux Noirs"... les exemples sont nombreux, trop nombreux ! En petit Français, ayant reçu une éducation et un enseignement laïque, basé sur la tolérance et le respect d’autrui tel que l’entendaient les Lumières, je n’arrivais pas à concevoir le fait que les Marocains ne se sentent en aucun cas Africain.

Quand je décide enfin de demander à mes amis Marocains s’ils se sentaient Africain, la réponse est sans équivoque. Au fond de moi, j’espérais qu’au moins un d’entres-eux me répondrait "Oui, bien sûr..." mais comme si elle leur avait été enseignée dès leur plus jeune âge, la réponse fût immédiate :

"NON, les Africains sont d’Afrique Noire, nous nous sommes d’Arabie !"

Comme si les régions d’Afrique étaient des continents et la couleur de peau un déterminant irrésistible, classifiant les hommes par ordre de supériorité.

Le Maroc est-il un pays Africain ? La question est purement rhétorique au regard d’une mappemonde telle qu’elle nous l'a été enseignée. De plus, l’espace linguistique naturel du Maroc (amazighophone), composante principale de la notion d’africanité, nous amène à la même conclusion : les Marocains, au même titre que les Libyens, Tunisiens, Égyptiens, Maliens, Nigériens... sont tous membres du même continent.

Je me demandais alors pourquoi ce raisonnement était-il encré de façon aussi profonde dans la pensée commune ? Comment l’a-t-il été ? Jusqu’à quand ?...

Les premiers éléments de réponse sont certainement à trouver dans l’histoire, qui à fait de la culture marocaine ce qu’elle est aujourd’hui.

Le déni d’une histoire vieille de plus de 200 000 ans.

Le chercheur historien Ahmed Assid nous éclaire sur la question : "Nos manuels d'enseignement exacerbent notre passé oriental et nos liens avec la péninsule arabique au détriment de l’Afrique. Certains défendent toujours la théorie panarabiste qui situe l’origine des Amazighs au Yemen et en Syrie, refusant du même coup de reconnaître l’africanité des populations installées au Maroc depuis des millénaires."

Ce paradigme prend en réalité naissance au moment de l’arrivée de l’islam au Maroc, occultant ainsi les millénaires qui lui ont précédés. "L’archéologie nous prouve que la naissance de la société amazighe n’est pas orientale, mais bien africaine. Nous parlons là d’une époque qui remonte au minimum à 200 000 ans. L’amazigh est d’ailleurs clairement une langue africaine. C’est aussi valable pour la graphie tifinaghe qui a une origine commune aux autres transcriptions écrites africaines. L’histoire OFFICIELLE continue pourtant à soutenir que l’alphabet amazigh est d’origine phénicienne pour le rattacher à une origine orientale."

Une distinction est à faire entre la conception de l’identité au nord et au sud du Maroc. En effet, les marocains du sud (Sahara occidental) se sentent plus appartenir à l’Afrique noire car entretiennent depuis toujours des relations commerciales étroites avec cette dernière. A contrario, les marocains du nord se définissent avant tout comme musulman, arabe, marocain et berbère tournée vers l’Europe.

Flou identitaire : résultat d’un rapport séculaire dominant/dominé

Dans les années 80, suite à une célèbre conférence au Maroc donnée par Mahjoubi Aherdane, président du Sénégal, sur la complémentarité de la berbéritude et de la négritude pour définir l’identité africaine, Hassan II réagit : "le Maroc ressemble à un arbre dont les racines nourricières plongent profondément dans la terre d’Afrique, et qui respire grâce à son feuillage bruissant aux vents de l’Europe."

Considérant l’amazighité comme une mauvaise herbe à arracher, Hassan II a tout au long de son règne attaché une importance toute particulière à fédérer le peuple autour d'une identité nationale tournée vers l’Europe et non vers l’Afrique.

Néanmoins, il faudra attendre la révision de la Constitution de 2011 pour que l’identité africaine du Maroc soit évoquée du bout des lèvres par la loi fondamentale : « la Consitution de 2011 évacue notre composante africaine sous le terme vague et édulcoré ‘d’affluents africains’ », souligne Ahmed Assid.

Une réponse n’est-elle pas également à trouver dans les stigmates de l’esclavagisme des société arabes et musulmanes par les occidentaux ? Ces dernières ont en effet été les dernières à se défaire de ce terrible reliquat. L’émancipation mentale serait-elle alors limitée par les restes d’une conception extrêmement stratifiée, où classes sociales et couleur de peau hiérarchisent de façon «naturelle» la société ? Cette relation dominant/dominé qui imprègne encore l’imaginaire des peuples arabes prend également racine dans l’esclavage, les conquêtes armées et les pillages des peuples noirs par les tribus arabes et amazighes, qui au 16ème et 17ème siècle ont largement participé à "la traite des Noirs".

"L’Afrique est devenue synonyme de pauvreté et de violence pour de nombreux Marocains qui ne veulent pas être associés à cette image. Cela déteint sur les relations qu’ils ont avec les migrants africains", explique la sociologue Fatima Aït Ben Lmadani, qui travaille sur la perception qu’ont les Marocains des immigrants subsahariens.

En 2008, l’Association marocaine d’études et de recherches sur les migrations (AMERM) publie une étude faisant apparaitre que 40% des marocains n’apprécient pas l’idée de compter des Subsahariens parmi leurs voisin et 70% refusent l’idée de partager un logement avec eux.

Dans la même étude, l’écrasante majorité des Subsahariens sondés estimait être "méprisés" ou "considérés comme inférieurs ou menaçants" par les Marocains. Moustapha, jeune étudiant sénégalais, en témoigne : "Il y a un mot en wolof qui désigne plus ou moins les Maghrébins : ‘Nare’. Il n’avait rien de péjoratif, mais aujourd’hui, on l’a transformé en acronyme de ‘Non Africain Rejeté par l’Europe’."

Les marocains refusent toujours d’être l’un, l’Africain, tout en ne pouvant pas être l’autre, l’Européen

NOTA : Ce constat n'est bien évidemment pas à généraliser à l'ensemble du peuple marocain. Ma volonté de creuser un peu la question émane de mes simples observations quotidiennes : "Toute généralité est fausse, y compris celle-ci".

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P
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S
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S
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O
Je vous félicite pour votre paragraphe. c'est un vrai charge d'écriture. Continuez
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